Depuis la reconnaissance de la sécheresse comme catastrophe naturelle en 1989, les communes françaises accumulent les arrêtés lors de chaque épisode marquant. Ces reconnaissances signalent une réalité concrète : sur les sols argileux, les maisons individuelles se fissurent quand la terre gonfle après les pluies puis se rétracte pendant les canicules. Le retrait-gonflement des argiles fait travailler les fondations et lézarde les murs.
Le classement des départements par nombre cumulé d'arrêtés depuis 1988 dessine une géographie très nette. Le Sud-Ouest domine largement, mais quelques surprises apparaissent au nord et à l'est.
La Haute-Garonne loin devant
Avec 2 349 arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse, la Haute-Garonne écrase le classement national. Le département toulousain compte 1 456 135 habitants et une part importante de son bâti repose sur des sols argileux typiques du bassin de la Garonne.
Juste derrière, le Gers affiche 2 190 arrêtés pour seulement 192 649 habitants. Rapporté à la population, la densité d'arrêtés y est spectaculaire : environ onze fois plus d'arrêtés par habitant qu'en Haute-Garonne. Les coteaux gersois, très argileux, subissent depuis des décennies des épisodes répétés.
La Gironde complète le podium avec 1 823 arrêtés pour 1 674 980 habitants, suivie par la Dordogne (1 633 arrêtés, 416 325 habitants) et le Lot-et-Garonne (1 381 arrêtés). Les cinq premiers départements sont tous situés dans le grand Sud-Ouest.
Ruptures géographiques
La Moselle arrive au 6e rang avec 1 320 arrêtés, seul département du Grand Est dans le top 10 avec la Meurthe-et-Moselle (1 057 arrêtés). Les argiles lorraines expliquent cette forte exposition.
La Charente-Maritime totalise 1 264 arrêtés, devant le Tarn-et-Garonne (1 227 arrêtés) et le Tarn (1 202 arrêtés). La Vienne ferme le top 10 avec 1 127 arrêtés.
Le Nord, 11e avec 1 122 arrêtés, illustre la remontée du phénomène vers les Hauts-de-France. Malgré ses 2 616 909 habitants, il reste moins touché en valeur absolue que le Gers, dix fois moins peuplé.
Classement des départements arrêtés sécheresse en France
| Rang | Département | Arrêtés | Population |
|---|---|---|---|
| 1 | Haute-Garonne (31) | 2 349 | 1 456 135 |
| 2 | Gers (32) | 2 190 | 192 649 |
| 3 | Gironde (33) | 1 823 | 1 674 980 |
| 4 | Dordogne (24) | 1 633 | 416 325 |
| 5 | Lot-et-Garonne (47) | 1 381 | 332 226 |
| 6 | Moselle (57) | 1 320 | 1 050 721 |
| 7 | Charente-Maritime (17) | 1 264 | 668 160 |
| 8 | Tarn-et-Garonne (82) | 1 227 | 264 924 |
| 9 | Tarn (81) | 1 202 | 396 168 |
| 10 | Vienne (86) | 1 127 | 438 688 |
| 11 | Nord (59) | 1 122 | 2 616 909 |
| 12 | Meurthe-et-Moselle (54) | 1 057 | 732 898 |
| 13 | Saône-et-Loire (71) | 1 014 | 549 136 |
| 14 | Allier (03) | 921 | 334 715 |
| 15 | Seine-et-Marne (77) | 885 | 1 452 399 |
| 16 | Loiret (45) | 877 | 687 063 |
| 17 | Aude (11) | 867 | 377 773 |
| 18 | Indre (36) | 848 | 216 809 |
| 19 | Indre-et-Loire (37) | 845 | 616 326 |
| 20 | Cher (18) | 804 | 299 496 |
Du 1er au 20e : un rapport de 1 à 3
L'écart entre la Haute-Garonne (2 349 arrêtés) et le Cher (804 arrêtés, 20e position) est de 1 545 arrêtés. Le département de tête concentre près de trois fois plus de reconnaissances que le vingtième du classement.
Le milieu de tableau réserve aussi des cas notables. La Saône-et-Loire (1 014 arrêtés) et l'Allier (921 arrêtés) montrent que le centre de la France, souvent oublié dans les cartes du risque, est loin d'être épargné. La Seine-et-Marne (885 arrêtés) illustre la pression du phénomène en Île-de-France, sur des terrains argileux du Bassin parisien.
Le Centre-Val de Loire est massivement représenté : Loiret (877), Indre (848), Indre-et-Loire (845) et Cher (804) occupent quatre des cinq dernières places du top 20, avec des volumes proches.
Ce que révèle le classement
Trois grands ensembles concentrent le risque : le Sud-Ouest argileux (Haute-Garonne, Gers, Gironde, Dordogne, Lot-et-Garonne, Tarn-et-Garonne, Tarn), le couloir lorrain (Moselle, Meurthe-et-Moselle) et le Bassin parisien élargi (Seine-et-Marne, Loiret, Indre, Indre-et-Loire, Cher). Ces territoires cumulent une forte exposition des maisons aux argiles et un historique dense d'épisodes secs reconnus depuis 1988.
Un nombre élevé d'arrêtés ne signifie pas que chaque logement subira des fissures. Il indique un niveau d'exposition élevé, à confronter à la nature réelle du sol de chaque parcelle et à l'ancienneté du bâti.
Sources : base GASPAR (Géorisques) pour les arrêtés de catastrophe naturelle sécheresse recensés entre 1988 et 2023, cartographie du retrait-gonflement des argiles BRGM 2019, données SDES 2021 sur le parc de logements, populations INSEE.
Méthodologie : ce classement porte sur le périmètre « France ». Données : base GASPAR (Géorisques), 1988-2023.